Nacer Bouhanni
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"Je suis sur mon petit nuage"

mardi 26 juin 2012

Nacer Bouhanni, le nouveau champion de France de cyclisme, a retrouvé ses Vosges natales hier après-midi. Les traits tirés, le Hennecurtien est revenu sur le tourbillon qui l’a happé depuis sa victoire dimanche en fin d’après-midi. Mais pas question de s’endormir sur ses lauriers.

"Mon téléphone n’avait jamais autant sonné !" C’est dingue comme une victoire peut vous apporter son lot de nouveaux amis. Depuis dimanche et son sacre national à Saint-Amand-les-Eaux (Nord), le portable de Nacer Bouhanni n’arrête pas de sonner. Après avoir passé son lundi à Paris pour répondre aux nombreuses sollicitations médiatiques, le nouveau champion de France, même pas 22 ans, est rentré dans les Vosges hier en début d’après-midi. Dans la quiétude du domicile familial de Hennecourt, en compagnie de son frère cadet Rayane, le porteur du maillot tricolore est revenu sur sa performance.

- Vosges Matin (VM) : Depuis dimanche, vous n’avez pas arrêté !

- Nacer : Je suis sur mon petit nuage. Je me dis : « P…, je suis champion de France ! » En plus, j’ai appris que j’étais le plus jeune champion de l’Après-Guerre. C’est quelque chose de grand. Entre les interviews, les plateaux de télévision et le reste, je n’ai pas eu le temps de souffler. C’est même plus fatigant que les 260 km de course ! C’était dur mais je savais qu’il y avait une belle récompense au bout. Là, ça n’a rien à voir avec les sollicitations médiatiques d’avant. Ça a pris une autre dimension mais comme on me pose toujours les mêmes questions, ça devient une poésie ! (rires.)

- VM : Vous y avez laissé pas mal d’énergie !

- Nacer : Je n’ose même pas imaginer ce que ça aurait été si j’avais fait le Tour de France. Comme je ne cours pas dans l’immédiat, je vais pouvoir me reposer. De longue date, on avait prévu avec mes directeurs sportifs de marquer une pause après les championnats de France.

- VM : Quand vous avez franchi la ligne dimanche, à quoi avez-vous pensé ?

- Nacer : Je me suis dit que ce n’était pas possible. Je n’en revenais pas. Juste après la ligne, j’ai failli tomber car je me tenais le visage ! J’ai repensé à tous les sacrifices pour en arriver-là. Je me suis rappelé les moments passés sous la neige cet hiver. J’ai galéré à l’entraînement et voir que ça paye, c’est génial ! Avant les championnats, j‘ai travaillé avec Jacques Decrion (un des entraîneurs de la Fdj) dans les Vosges pour faire du « derrière scooter ». Je faisais 3 ou 4 h avant et après, on faisait 3 h avec le scooter. On allait jusqu’à Nancy !

- VM : Ces championnats, vous y pensiez depuis le début de saison…

- Nacer : Oui ! Mais j’essayais de ne pas trop en parler pour évacuer la pression. J’ai gardé ça dans un coin de ma tête et fait ce qu’il fallait pour être prêt le jour J.

- VM : Que ressentez-vous à l’idée de porter ce maillot tricolore ?

- Nacer : J’espère l’honorer en répondant aux attentes placées en moi. Je vais continuer à bosser et tout faire pour ne pas décevoir. Après ma coupure, je sais que j’aurai toujours la même envie d’aller m’entraîner. Voire plus encore. Le vélo, c’est mon job mais ça reste ma passion. Ce n’est pas parce que je suis champion de France que je vais changer.

- VM : Dimanche, au bout de trois tours (sur quatorze), vous avez crevé. Avez-vous eu peur de tout perdre ?

- Nacer : Je me suis dit que ça commençait bien… En plus, le peloton roulait vite à ce moment. Tout de suite, Steve (Chainel) m’a donné sa roue avant et j’ai voulu remettre l’aimant du compteur kilométrique. Même en circuit, j’aime savoir où j’en suis. La gomme en-dessous de l’aimant est partie alors il a fallu que j’enlève de nouveau la roue pour remettre le capteur. Pendant ce temps, le peloton s’en allait… On s’est retrouvé derrière les ambulances, en pleine campagne. Quatre mecs de l’équipe sont venus m’aider. Puis dans un virage, alors qu’on rentrait dans les voitures, je suis tombé ! J’ai laissé du jus dans cette poursuite car on a mis un bon tour pour rentrer. En plus, j’avais mal à la cuisse, comme si j’avais pris une béquille. Mais plus l’arrivée approchait et plus j’oubliais la douleur.

- VM : Votre équipe a fait un énorme travail en tête de course…

- Nacer : C’était impressionnant. A la télé, on ne voyait que nous. On aurait dit le « train » de l’équipe Sky. Les consignes étaient claires : mes coéquipiers devaient travailler pour Arnaud Démare et moi. Je n’aurai jamais gagné sans l’équipe. Cette victoire s’est construite collectivement. Le maillot est avant tout dans l’équipe.

- VM : Racontez-nous ce sprint…

- Nacer : J’avais Geoffrey Soupe pour me lancer et Arnaud Démare avait William Bonnet. Geoffrey a lancé peu après le dernier virage à 600 m de l’arrivée. J’étais calé dans sa roue et je ne savais pas qui était derrière moi. J’étais concentré sur la ligne et j’attendais le bon moment pour gicler. Puis j’ai vu Arnaud partir à 200 m de la ligne et me passer sur la droite. Vingt mètres plus loin, j’y allais. Il a pris un vélo et demi d’avance et j’ai recollé tout de suite. Je passe à sa hauteur dans les cent derniers mètres.

- VM : Pensez-vous qu’Arnaud a lancé le sprint trop tôt ?

- Nacer : Non car, comme je l’ai dit, j’allais le faire. Après, ça s’est joué à la fraîcheur car je n’ai même pas profité de l’aspiration. Quand je suis revenu à sa hauteur, je suis passé tout de suite sur la gauche.

- VM : Certains pensent que votre victoire en Belgique devant Arnaud, quatre jours avant les championnats, vous a permis de prendre l’ascendant…

- Nacer : En Belgique, j’avais lancé le sprint alors là, il s’est peut-être dit qu’il devait le lancer… Mais moi, quand je suis dans un sprint, je ne m’occupe de personne. Je calque mon effort par rapport à la ligne d’arrivée. J’ai aussi une grande confiance en Geoffrey Soupe. Il pose les roues où il faut et je le suis sans aucun doute.

- VM : Ce maillot tricolore, j’imagine que vous avez hâte de le porter en compétition…

- Nacer : La Fdj est en train de faire fabriquer les tenues et je les recevrai en fin de semaine. Je vais tout avoir : les chaussettes, les couvre-chaussures, la guidoline sur le vélo… Je vais même avoir les chaussures bleu-blanc-rouge ! Ma reprise officielle, ce sera sur le Tour de Wallonie le 21 juillet mais j’irai sûrement sur des kermesses en Belgique avant.

- VM : Bien que champion de France, vous ne serez pas au Tour de France. Pas trop déçu ?

- Nacer : Laurent Jalabert (le sélectionneur national) est venu me voir en me disant que je devais insister pour y aller. Il voulait même aller voir Marc Madiot pour le convaincre ! Mais j’écoute mon manager : c’est Marc qui décide. Il m’a dit que c’était plus judicieux de commencer par la Vuelta. Depuis le début de saison, je n’ai pas arrêté alors dans ma tête, c’était clair : je partais en vacances après les championnats de France. Le Tour, c’est quelque chose de grand et je pense que j’y serai l’an prochain. Je suis encore jeune et j’aurai d’autres occasions.

- VM : Vous ne pouvez pas prétendre aux Jeux Olympiques car vous ne faisiez pas partie de la présélection de 30 coureurs…

- Nacer : Laurent Jalabert m’a dit qu’il ne pouvait pas me sélectionner mais que, pour les championnats du monde (le 23 septembre aux Pays-Bas), il comptait sur moi. Ce sera un parcours dur avec notamment un mont à passer mais les bosses courtes ne me dérangent pas. J’aimerai aussi participer à Paris-Tours.

- VM : Quelles courses sont susceptibles de vous convenir à l’avenir ?

- Nacer : Paris-Tours donc mais aussi Milan – San Remo. Ces courses me font rêver. La saison prochaine, je vais tout mettre en œuvre pour y arriver au mieux.

- VM : En gagnant le Circuit de Lorraine, vous avez montré que vous étiez plus qu’un sprinteur…

- Nacer : Sur le Tour d’Oman, quand Peter Sagan gagne son étape (le 15 février), il y avait une montée à 15 % pendant 800 m. C’était compliqué et je fais sixième. J’aime les arrivées en bosse mais il ne faut pas que ce soit trop long. Après, pour les cols, il va encore falloir que je m’entraîne avant la Vuelta. Mon but n’est pas de devenir un grimpeur mais m’améliorer pour être à l’aise dans le gruppetto et frais lors des étapes qui arrivent au sprint.

- VM : Depuis dimanche, on ne cesse de parler de votre rivalité avec Arnaud Démare. Qu’en est-il ?

- Nacer : On est des sprinteurs alors on veut tous les deux gagner mais ça se passe bien. On n’a pas eu les mêmes programmes cette année puisqu’on n’a eu que les deux courses de la semaine dernière ensemble. Heureusement car sinon, ça serait compliqué ! Pour le Tour de l’an prochain, Marc nous a dit qu’il peut très bien nous emmener tous les deux. Il y a de la place : on est 27 coureurs dans l’équipe et on est toujours sur deux ou trois fronts.

- VM : Quel va être votre programme des prochains jours ?

- Nacer : Je voulais prendre un voyage de dernière minute mais je ne peux pas car j’ai encore des sollicitations des médias. Je vais juste partir deux jours à Center Parcs en famille ce week-end pour souffler un coup et je recommencerai à m’entraîner sérieusement à partir de lundi.

Stéphane Magnoux, vosgesmatin.fr (27 juin 2012)

"Un regret de ne pas aller aux Jeux"

Nacer Bouhanni a marqué les esprits à Saint-Amand-les-Eaux où le Lorrain est devenu le plus jeune coureur de l’histoire à enfiler le maillot bleu-blanc-rouge. Pour autant, il ne disputera pas les JO de Londres.

Maintenant, je vais te suivre, je vais regarder la Vuelta ! » Le comédien Ramzy a fait la connaissance de Nacer Bouhanni, hier à midi, sur le plateau de beIN Sport. Depuis son sacre, dimanche à Saint-Amand-les-Eaux, le Lorrain ne laisse personne indifférent. Il savoure ces instants de bonheur. Le maillot bleu-blanc-rouge lui a même permis d’oublier les douleurs nées de sa chute en début de course.

- Le Républicain Lorrain (RL) : Comment vivez-vous ce titre de champion de France ?

- Nacer : J’ai reçu beaucoup d’appels, ça n’arrête pas, c’est énorme ! J’ai l’impression d’être pris dans un tourbillon médiatique. C’est bizarre mais ça me plaît. Après l’émission sur beIN Sport, je participe à une soirée organisée par la FDJ qui va présenter son programme estival avec le Tour de France et les Jeux Olympiques.

- RL : Comment va se passer la suite ?

- Nacer : Je vais me reposer et je reprendrai la compétition au Tour de Wallonie (du 21 au 25 juillet). J’enchaînerai avec le Tour de Burgos avant de participer à la Vuelta, qui sera mon premier grand Tour.

- RL : Malgré votre victoire dans le championnat de France, vous ne participerez pas aux Jeux Olympiques. Est-ce une déception ?

- Nacer : Je n’étais pas dans la présélection, mais Laurent Jalabert, le sélectionneur national, m’a dit qu’il comptait sur moi pour plus tard. J’ai évolué, j’espère aller au championnat du monde, c’est un bel objectif pour la fin de saison. Mais c’est un regret de ne pas aller aux Jeux.

- RL : Votre père, Karim, qui a eu une modeste carrière chez les amateurs doit être particulièrement fier de vous…

- Nacer : Il était heureux devant la télé. C’est énorme de devenir champion de France, surtout quand on est sprinter, parce qu’on n’a pas beaucoup d’occasions. Jimmy Casper me l’a dit : il a attendu toute sa carrière.

- RL : Avez-vous pris le temps de revoir les images du sprint ?

- Nacer : Oui. Je n’ai commis aucune erreur. Mercredi, quand j’ai gagné (la semi-classique belge Halle-Ingooigem), j’ai dit à mon poisson-pilote Geoffrey Soupe : "Je suis sûr de gagner". Et je le lui ai répété trois ou quatre fois ! Il m’a parfaitement lancé. Démare et Petit ont déboulé sur ma droite et j’ai refait l’effort dans les cent cinquante derniers mètres pour les "jumper" sur la ligne.

Une équipe extraordinaire

- RL : Le retour au bus de l’équipe a-t-il été émouvant ?

- Nacer : C’était un truc de fou ! Mes coéquipiers sont tous venus me voir, ils m’ont sauté dessus. Marc Madiot (le manager de la FJ-BigMat) pleurait, Martial Gayant (l’un des directeurs sportifs) aussi. Toute l’équipe a mis du sien, personne n’a rechigné à la tâche. Elle a été extraordinaire. Il n’y a que comme ça que ça pouvait marcher. C’était tout pour Arnaud Démare et moi.

- RL : Avez-vous eu l’occasion de discuter avec lui après la course ?

- Nacer : Non. Ça s’est fait à la pédale. Les consignes étaient claires : c’était tout pour nous. Si j’avais fini deuxième, j’aurais été aussi déçu. Après, il faut être fair-play, on est dans la même équipe.

- RL : Jusqu’à dimanche, vous étiez plutôt dans l’ombre d’Arnaud Démare. Comment viviez-vous ça ?

- Nacer : Déjà chez les jeunes, c’était comme ça. Avec le sélectionneur national des Espoirs, il n’y en avait que pour lui. Il m’avait écarté. Ensuite, il est devenu champion du monde Espoirs : c’était normal que les médias s’intéressent à lui. Moi, de mon côté, j’ai beaucoup travaillé. Je m’entraîne dur. Mercredi dernier, après la course, j’étais le seul de l’équipe à faire 80 kilomètres en plus. J’ai tout mis en œuvre pour gagner le championnat. Quand j’y repense, j’apprécie encore plus la victoire.

- RL : Vous marquez l’histoire du cyclisme…

- Nacer : Je suis le premier Lorrain champion de France, je suis le plus jeune champion de l’histoire (vingt et un ans) et je suis le premier d’origine maghrébine. Ça me tient à cœur et j’espère que cela va donner envie à beaucoup de jeunes de se lancer dans le vélo.

Maxime Rodhain, republicain-lorrain.fr (26 juin 2012)

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